Vendredi 13 mai: Histoire de ponts.

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                 Il m’aura fallu attendre 25 ans avant de glisser sur la Seine et passer enfin par-dessous le Pont-de-Normandie, moi, qui dès 1992 en survolait le chantier pour les besoins de quelques clichés photographiques. Le petit avion Cessna a virevolté par-dessus l’ouvrage au point de me faire ressentir un douloureux vertige. Aujourd’hui, le 13 Mai 2017, à bord d’un bateau honfleurais, bien stable, en compagnie des membres du jumelage Rouen-Norwich je découvre, d’une autre manière, un ouvrage parfait qui me laissait pourtant indifférent, autrefois. Ce pont a une allure fantastique avec ses haubans qui dessinent contre le gris-bleu du ciel un délicat canevas et aussi ce tablier d’une portée de plus de 850 mètres dont le subtil profilé, en aile d’avion, peut résister à la violence des vents marins.
                Pourtant, une fois le Pont-de-Normandie dépassé vers l’amont, on distingue bien, dans les brumes fluviales, le tout premier pont suspendu qui enjamba la Seine, celui de Tancarville. Celui qui restera le plus cher à mon cœur. Dès 1965, il marquait pour moi un point de passage obligé et important, fait de fausses permissions militaires et de retours hebdomadaires du pays d’Auge à la pointe du Pays-de-Caux. Un aller-retour incessant vers mes amours…
                L’expression « De-l’autre-côté-de-l’eau » a toujours souligné la profonde fracture que le fleuve engendre entre les normandies. Au plus près de l’estuaire, le Pont-de-Tancarville, puis ce magnifique Pont-de-Normandie ont relié à jamais des terroirs et des microclimats normands. La création de ces ouvrages et, dernièrement, une seule et même région ont soudé définitivement et irrémédiablement la Normandie. Quand je pense, atterré, moi l’Angevin de naissance, qu’il a fallu des trésors de technologie et de singuliers combats politiques pour parfaire une unité que les Ducs de Normandie, dès le Xème siècle, avaient déjà en tête… Anciens et toujours Vikings, le franchissement de la Seine n’était pour eux qu’une bagatelle, une distraction en quelque sorte, un retour au source, pour vaquer de Rouen à Caen et galoper éperdument sur les grèves du Mont-Saint-Michel, comme si de rien n’était…

                                                                                                                                   Alexandre Hervé.

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